Historique

La Ruche est née de la générosité du sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), passé d’une condition modeste au statut d’artiste devenu célèbre et fortuné. Il avait décidé d’offrir la chance d’un atelier à de jeunes artistes démunis à qui il songeait procurer « un état propice à la méditation et à la réalisation dans un climat de sécurité ».

En  1900, il acquiert un terrain de 5000m2 passage Dantzig puis, l’Exposition Universelle de 1900 achevée, achète aux enchères le pavillon des vins de Gironde conçu par Gustave Eiffel. Il remonte avec son neveu la structure métallique qu’il surélève de deux étages et l’agrémente de briques : ce bâtiment deviendra la Rotonde, baptisée la Ruche pour évoquer l’activité intense de ses artistes. D’autres éléments architecturaux proviennent de l’Exposition Universelle : la grille de l’entrée principale, du pavillon de la Femme, les cariatides de la Rotonde, du pavillon d’Indonésie.

1900

Dès 1902 furent construits d’autres ateliers qui s’érigèrent autour de la rotonde, disposition un peu désordonnée mais charmante autour de jardins arborés garnis de parterres fleuris. Ainsi fut fondée la Ruche vers 1902. Alfred Boucher en créant une œuvre de cette dimension et en accompagnant efficacement les artistes qui y résidaient est allé au-delà de la démarche des mécènes classiques. L’architecture de la rotonde correspondait à son idéal phalanstérien. A cette époque, la Ruche était constituée de 140 ateliers. Aujourd’hui on en compte une soixantaine.

En 1903, la Ruche fut inaugurée. Elle abrita sculpteurs et peintres venus de toute l’Europe. Les ateliers, petits, sans confort, comme la majorité des habitations de l’époque, disposaient grâce aux verrières et aux larges fenêtres d’une belle lumière. Les loyers étaient bas et Boucher fermait les yeux lorsqu’un artiste ne pouvait s’en acquitter. Un grand espace servait de lieu d’exposition aux artistes présents. « Le Salon de la Ruche » fut inauguré en 1905. Il existait aussi une « académie » où les hôtes dessinaient d’après modèle vivant.

Un théâtre doté de 300 places, la « Ruche des Arts », aujourd’hui disparu, fut érigé dans le jardin central. C’est là que Louis Jouvet fit ses débuts.

Les années 10

Parmi les premiers occupants : Léger, Soutine, Zadkine, Archipenko, Epstein, Kikoïne, Krémègne, Chapiro, Lipchitz, Laurens et bien sûr Alfred Boucher, habitant un pavillon au fond de la cité, aujourd’hui remplacé par un immeuble.

Beaucoup de ces artistes fuyaient les pogroms d’Europe centrale et de l’Est. On raconte que Soutine, prévenu par un « collègue » immigré dans cette cité d’artistes, arriva Gare de l’Est avec pour seule adresse « La Ruche, Paris » griffonné sur un bout de papier qu’il exhibait aux passants.
Des écrivains ont séjourné, ou seulement fréquenté la Ruche : Max Jacob, Blaise Cendrars (auteur du poème « La Ruche »), Apollinaire, fasciné par le talent de son ami Chagall et qui, en 1913, lui accola le titre de « surnaturaliste », précurseur du surréalisme.

Les années 20

La guerre de 14-18 terminée, Boucher, malgré son dévouement, n’est plus en vogue et l’argent ne rentre plus : la Ruche est en piteux état. Il mourra en 1934, à Aix-les-bains, complètement oublié. Après sa mort, quelques artistes occupèrent toujours les lieux, tel Kikoïne, Dobrinsky et Volovik, mais aussi l’acteur Alain Cuny et le sculpteur Robert Couturier. Et puis la guerre encore, qui emporte Granowski et Epstein vers les camps de la mort. La résistance était active à la Ruche et des armes surgirent de leur cachette à la Libération.

Les années 30 et 40

Après la guerre de 39-45, la Ruche n’est plus que le vestige délabré d’une époque révolue mais voit l’arrivée de Paul Rebeyrolle, Francis Biras, et la cité vit une renaissance et redevient peu à peu un foyer artistique où se forge le renouveau de la figuration et celui du Salon de la Jeune Peinture.
La Ruche est comparable au Bateau-Lavoir de Montmartre. Après la Première Guerre mondiale, elle supplante cette dernière par ses activités artistiques et sa renommée.

Les années 50

En 1955, les mosaïstes Lino Mélano et Luigi Guardili venant d’Italie, s’installent à la Ruche et font équipe avec Léonard Leoni qui lui, y est né. Ils travaillent à leur œuvre personnelle mais réalisent aussi des mosaïques pour répondre aux commandes de Braque, Chagall, Léger, Folon, Bazaine, Raysse.

Les années 60

A la fin des années soixante, alors que la Ruche n’est plus qu’un « bidonville englué dans un terrain boueux », les héritiers d’Alfred Boucher décident de la vendre à un promoteur immobilier projetant d’y construire immeubles et parkings. C’est alors que se constitue un comité de défense, avec pour président, Chagall. La détermination de Francis Biras, Elisabeth Dujarric, entre autres, rassemble des centaines de personnalités.

Une vente réunissant des tableaux et sculptures des artistes résidents et des anciens ne suffit pas à « racheter » la Ruche au promoteur. Monsieur et Madame Seydoux, alertés et touchés par cette disparition annoncée de l’une des plus importantes et dernières cités d’artistes, font don du complément manquant pour la sauver. Le sauvetage accompli, des travaux de restauration sont entrepris grâce à l’action du Ministre de la Culture en poste à l’époque, Jacques Duhamel, et de Bernard Anthonioz.

Les années 70

Au début des années 70, grâce à la volonté de Francis Biras, la génération d’artistes liée au Salon de la Jeune Peinture arrive sur les lieux, lui apportant un renouveau : Eduardo Arroyo, Jean-Paul Chambas, Lucio Fanti, Ernest Pignon-Ernest, Titina Maselli, Nicky Rieti, Gianni Spadari, Michel Parré, Vito Tongiani…
Le théâtre est à nouveau présent à la Ruche avec la venue de Klaus Michaël Grüber, puis, plus tard Bruno Bayen. Une collaboration s’élabore entre ces metteurs en scène et des artistes tels que Lucio Fanti, Titina Maselli, Eduardo Arroyo, Francis Biras, pour la scénographie.

Des années 80 à nos jours

Les façades et toitures du bâtiment sont inscrites aux monuments historiques par un arrêté du 19 janvier 1972. La Ruche a été de tout temps financée par un mécénat privé et des aides publiques. Aujourd’hui, la Fondation La Ruche-Seydoux, créée en 1985 grâce à la donation de Geneviève Seydoux et reconnue d’utilité publique en 1985, en assure la gestion et l’entretien.

Une convention tripartite de partenariat, signée le 28 avril 2009 entre la Fondation La Ruche-Seydoux, la Fondation Total, et la Fondation du Patrimoine, a comme objectif un programme de restauration des bâtiments.

En 2002, la Ruche a fêté son centenaire.
En 2008, la Ville d’Évian consacre une exposition aux artistes de la Ruche au Palais Lumière.

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